Paroles Positives

Tout ce dont vous avez besoin est déjà en vous !

Archive for juillet, 2009

Le vrai et les mots

Auteur : Nadia Ghalem

« Si les hommes définissaient les mots dont ils se servent, il y aurait moins de disputes, et plus d’un royaume a été bouleversé pour un malentendu ». (Voltaire)

Dans sa tragédie, «Othello ou le Maure de Venise », jouée pour la première fois en 1604. Shakespeare, avec le génie qu’on lui connaît, nous amène à comprendre les ravages que peuvent causer des communications floues, partielles, tronquées, détournées de leur sens.

Le Maure, déjà fragilisé par son statut d’étranger devient une proie facile pour les envieux (dont Yago) qui l’entourent. Pourtant, voilà un homme qui a gravi tous les échelons avec intelligence et bravoure, il est un des notables de la Cité, ce qui n’empêche un manque d’assurance, d’estime de soi où va s’engouffrer la perfidie des manipulateurs.

La scène se couvre de cadavres. C’est du théâtre. Mais du théâtre qui nous en apprend beaucoup sur la psychologie humaine, avant Freud.

Pour sauver sa santé mentale et être bien dans sa peau, se protéger donc contre les manipulateurs. De façon positive, privilégier la communication directe, obéir à ce slogan de l’Islam : dire du bien, ou se taire. Ou faire comme le grand poète et philosophe andalou, rechercher encore et toujours, la vérité. Ibn Hazam (994-1064) 2

En soignant nos communications, nous nous faisons du bien et en faisons à notre entourage. « C’est une forme d’écologie psychologique : penser globalement, agir localement »

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Voir à ce sujet :

Isabelle Nazar-Aga, Les manipulateurs son parmi nous » paru en 2004

2Fatéma Mernissi, L’amour dans les pays musulmans, Albin Michel. Paris, 2009

La Tangente vue par Mouloud Belabdi

Auteur : Mouloud Belabdi

Mon ami Aziz Farès avec qui j’ai partagé de belles années heureuses à Alger Chaîne III, la radio francophone algérienne, vient encore une fois de me surprendre avec la publication de son premier livre La Tangente impossible (1).

Surprendre est peut-être un verbe que je ne devrais pas employer. J’ai en effet lu et apprécié quelques pages de son livre avant publication. Et quand je dis premier livre, je devrais préciser, livre écrit.

Il a écrit en effet, de belles pages sonores à la radio qui resteront dans la mémoire de ceux, auditeurs, travailleurs, collègues de la Chaîne III qui l’ont écouté, rencontré, apprécié, suivi au fil des émissions.

Aziz Farès travaille avec les mots comme un sculpteur travaille avec la pierre brute dont on ne sait pas au départ, ce que ça va être tant que ce travail, au sens d’accouchement, n’a pas abouti.

Dans le cas de La Tangente impossible, c’est un travail de remémoration. Les souvenirs personnels retravaillés dans des méditations philosophiques et poétiques en constituent la trame.

Le livre est préfacé par Maître Miloud Brahimi, ancien président de la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme. Voici un extrait de cette préface que l’on retrouve dans la quatrième de couverture :

Grand animateur de Radio Alger chaîne III, qui avait accompagné et amplifié la démocratisation balbutiante entamée après Octobre 88, Aziz Farès a été contraint à l’exil comme nombre d’intellectuels algériens sommés de choisir entre la valise et le cercueil (…). Il faut imaginer Aziz Farès aux prises avec les mots, qui font sens ou n’en font pas, c’est sans importance. L’essentiel est de témoigner de l’humaine condition, sans fard ni complaisance, mais avec suffisamment de distance pour autoriser parfois, l’ironie sceptique d’un acteur sans illusion, mais avec l’ambition intacte de servir encore un peu, passionnément…

Avec La Tangente impossible, je peux affirmer qu’Aziz a entamé la construction d’une œuvre personnelle dont la trajectoire va se dessiner et se préciser au fur et mesure d’une évolution qui tire son levain de la vie même, telle que vécue, appréciée et, parfois, supportée.

C’est une réflexion en profondeur qui embrasse les contours de la mémoire dans le déploiement du temps.

MB

(1) La Tangente impossible, 183 pages, éditions Mille-Feuilles, Alger, 2009.

Liens:

La Tangente impossible de Aziz Fares par Nassira Belloula

Liberté : La Tangente Impossible de Aziz Farès

Graines de Douceur et de Tendresse

Auteur : Nadia Ghalem

La liberté d’expression est, les praticiens de l’image et du verbe le savent , bien difficile à doser selon les époques et les cultures, selon que l’on se confie lors d’un entretien privé ou que l’on décide de diffuser des mots, des images parfois, via l’audio-visuel, le Net, et le monde.  

 

 Mais il semble, actuellement, qu’il y ait plus de tolérance à la morosité et aux pulsions négatives qu’à l’enthousiasme et aux pulsions de vie.

 
Nous sommes toutes et tous assaillis de nouvelles catastrophiques des humains qui n’en finissent plus de souffrir de misères et de guerres, nous avons même droit à la mort en direct de ces jeunes qui ne demandaient qu’à aimer et vivre.

 

Pendant la guerre du Vietnam, toute une génération chantait avec les Beatles   All You Need Is Love

 

Adonis, le poète syro-libanais à qui l’on demandait comment il pouvait écrire des poèmes pendant que les conflits ravageaient son pays répondait :
« Mais c’est là que l’on a besoin de célébrer la beauté et l’amour, c’est l’utilité de la poésie »

 
Instinctivement  ou rationnellement, les humains  par souci de résilience ont mis en mots et en musique leur besoin d’espérer.
Pendant la guerre d’Algérie, circulait une berceuse : « Ne pleurez pas, mes petits, votre père va revenir » (La tebcou ya oulidati rahou babakoum jaï).

 

À l’autre bout du monde, le poète argentin  Atahualpa  Yupanqui, écrit dans une berceuse aussi : « Duerme , duerme, negrito que tu mama esta en el campo… trabajando y no le pagan »
Dors, dors, petit nègre, ta maman est au champs, travaillant sans qu’on la paye.

 
Chant de révolte et plainte d’une esclave, sous forme de mélodie d’amour pour endormir l’enfant qui s’en souviendra peut-être…

 

Et le dramaturge  français, Armand Gatti déclarait quant à lui : « J’ai toujours cru que, par la beauté des mots, on pouvait changer le monde ».

 

Une opinion que devait partager son ami algérien homme de lettres comme lui, Kateb Yacine.

C’est tellement merveilleux de s’aimer et se le dire comme l’on fait les Algériens lorsqu’ils ont envahi les rues de leur pays pour fêter la victoire de leur équipe de foot, et les Québécois qui ont fait de même récemment pour  célébrer la fête nationale avec le Fleurdelysé.

 
Rien n’est plus important que la joie et les sentiments positifs lorsque l’on tient compte de la brièveté de notre présence sur cette terre, chaque jour devrait être une chance, un cadeau qui s’ajoute à ceux qui l’ont précédé.

 

Il ne s’agit pas de dissimuler la tristesse ou la dépression sous un masque faussement serin ou joyeux, mais de prendre conscience du fait que nous sommes vivants et conscients et que l’estime et la compassion que nous éprouvons pour nous-mêmes peuvent bénéficier à ceux que nous aimons d’abord, et à ceux que nous côtoyons mais aussi à celles et ceux que nous pouvons rejoindre, ne serait-ce qu’en pensée.

 
Célébrer l’amitié ou l’amour en poésie ou en mots n’a rien d’indécent, d’irrespectueux ou d’irresponsable. Ce serait même une façon de participer, bien modestement, aux mutations du monde. 

Lorsque Jean Ferrat  chante Aragon avec ces mots , il ne dit pas autre chose que le fait de résister  de façon saine au mauvais temps:

« Comment croire, comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j’entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda
 »

 

Mieux encore, pendant les années lyriques au Québec, alors que s’affirmait l’identité nationale, Pauline Julien chantait : « Ce soir j’ai l’âme à la tendresse, douce douce, tendre tendre…
…Pourtant nous savons que la vie est plus forte que la mort
Le désespoir a dit son dernier mot
 ».

 

Semer des graines de douceur et de tendresse pour les plus fragiles d’entre nous, pour les générations qui nous succèderont. Rêve ou utopie ?  Un bien joli programme en tout cas.
Pour finir, ces mots du poète allemand, Von Schiller, qui émaillent la neuvième symphonie de Beethoven :
« Dites-nous que la nature ne sera que joies et fleurs et que la cité future oubliera le temps des pleurs. »

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