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À propos de son dernier livre

Mouloud Belabdi – « J’ai failli égarer Dieu!» Le titre de prime abord, attire l’attention. Celle ou celui qui découvre votre livre en librairie, ne manquera certainement pas de le prendre en mains et de le feuilleter. L’affirmation s’adresse à qui?

Aziz Farès – C’est une affirmation certes, mais qui doit être comprise comme une interrogation. S’agit-il de Dieu au sens religieux et, dans ce cas, de quelle religion? Le titre, accrocheur, résume une pensée que je souhaite ouverte et large. Ou bien est-ce MOI qui m’égare? Où suis-je par rapport à MOI? C’est une quête philosophique et mystique qui replace l’individu au centre de sa réflexion.

M.B. – Même si nous pouvions perdre Dieu, Lui ne nous perd pas. Nous sommes dans sa Présence intégrale. Alors qu’est-ce que nous perdons en fin de compte? Qu’est-ce que nous pourrions éventuellement perdre? Nous perdre nous-même? Perdre nos illusions dans une vie, comme dirait Shakespeare, faite de bruit et de fureur et qui ne veut rien dire?

A.F. – Je ne suis pas un exégète pour définir Dieu, par définition indéfinissable. Il n’est pas question de perdre Dieu auquel nous sommes plus proches que nous le croyons pour paraphraser Cheikh el Alawi que je cite dans mon ouvrage. Nous sommes dans la recherche de la foi, en Soi.

M.B. – Dans votre livre, vous vous réclamez de plusieurs traditions spirituelles et littéraires. Comme le souligne Mustapha Benfodil, dans sa préface, « on ne peut qu’être pris d’un vertige devant ce flot impressionnant de réflexions qui résonnent telles des pépites de sagesse cueillies dans un fouillis de questionnements plus pertinents les uns que les autres. Bribes de vérités glanées dans la grande tradition mystico-philosophique.» Pour ceux qui ne sont pas au fait des grandes interrogations existentielles et des réponses apportées par ces mêmes traditions dont le soufisme considéré comme l’essence de l’Islam, que diriez-vous, sachant que toutes ces traditions se rejoignent dans leur finalité?

A.F. – Le soufisme, comme la kabbale, est une école de pensée. La finalité ne consiste pas seulement à trouver une réponse, mais à relancer un questionnement. Les portes sont devant nous, ouvertes ou fermées; tout dépend de notre capacité à accepter de les franchir.

M.B. – Écrivez-vous par inspiration ou faites-vous un plan de travail?

A.F. – L’inspiration est le moteur de ma réflexion. Tout inspire, tout m’inspire. Les gens, la lecture, l’appel à la prière, la méditation… Les idées sont là, à proximité et je tente de les saisir, de les comprendre. Ensuite, l’organisation pratique se met en place.

M.B. – Écrivez-vous en soirée? En matinée? Pendant la journée? Qu’est-ce qui vous inspire le plus?

A.F. – J’écris le matin, très tôt, au réveil. Et plus qu’un « réveil », il s’agit d’un « éveil ».

M.B. – D’autres projets d’écriture en vue?

A.F. – Je viens de finir un nouveau manuscrit consacré à des expériences vécues. Je le relis afin de me convaincre du bien fondé des mots et des idées que j’expose. Je travaille également sur un nouveau recueil consacré à des souvenirs personnels.

M.B. – Vos livres sont publiés aux éditions Mille-feuilles. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre relation avec l’éditeur?

A.F.- Sid Ali Sekheri est un libraire très compétent qui s’est lancé récemment dans « l’aventure de l’édition ». il a eu le courage d’éditer mes deux ouvrages « La Tangente Impossible » et « J’ai failli égarer Dieu ». Je dis courage, car il n’est pas évident de se risquer, de nos jours, à porter à bout de bras une réflexion philosophique, mystique, à la limite de l’ésotérisme.

Pour aller plus loin:
«J’ai failli égarer Dieu!» de Aziz Farès – Voyage au bout de l’intelligence par Anissa kendil du quotidien Le Jour d’Algérie
Publié par M.B. à l’adresse 2:57 PM 2 commentaires
Libellés : Aziz Farès, J’ai failli égarer Dieu, Littérature

Bouquets de rêves

Auteur : Nadia Ghalem

Comme des marchands de ballons, les humains se promènent avec des rêves plus ou moins clandestins.

À quoi rêvent les petites filles ?  À devenir princesse, à piloter une fusée ou voler au secours des populations démunies (?)

À quoi rêvent les petits garçons ? À devenir chef pour combattre les méchants et les bandits, à devenir docteur ou à piloter une fusée.

Devenus adultes pour affronter ou fuir la réalité, nous nous promenons avec ces bouquets de ballons légers et colorés mais invisibles.

Voici ce qu’en dit Henri Laborit [1] dans le film « Mon oncle d’Amérique » d’Alain Resnais… :

« La fonction du système nerveux consiste essentiellement dans la possibilité qu’il donne à un organisme d’agir, de réaliser son  autonomie motrice par rapport à l’environnement, de telle façon que la structure de cet organisme soit conservée ».

La motivation fondamentale des êtres vivants semble être le maintien  de leur structure organique. Mais elle dépendra soit de pulsions, en      réponse à des besoins fondamentaux, soit de besoins acquis par  apprentissage.

Avec le cortex, on accède à l’anticipation, à partir de l’expérience mémorisée des actes gratifiants ou nociceptifs, et à l’élaboration  d’une stratégie capable de les satisfaire ou de les éviter   respectivement » .

Du côté de la littérature, un vieux conte chinois, rapporté entre autres, par Marguerite Yourcenar[2] , illustre ce propos, le voici,  en résumé :

L’empereur est sorti pour la première fois de son palais. Il a vu le monde.  Il convoque aussitôt le peintre officiel et lui dit :

-Tu m’as trompé, tu m’as montré le monde plus beau qu’il n’est enréalité.  Tu dois mourir.

Le peintre répondit :

-Sire, laissez-moi peindre une dernière toile.

Permission accordée.

L’artiste peint le ciel, la mer, un voilier… Il saute dans le voilier et s’enfuit.

C’est ce que font parfois des gens en se réfugiant dans l’imaginaire, la créativité pour fuir un quotidien ennuyeux, difficile ou l’agression des autres (les jeunes Algériens parlent de « hogra » : un ensemble d’arrogance, de mépris, d’agressivité en silence pratiqué et imposé qui dépersonnalise et réprime toute possibilité de réponse).

Voici ce qu’en dit le grand poète arabe Abou El Ala El Maari [3] :

« qatilou el jismi methoumoun bi fi’latihi ou qatilou el rouhi lem yadri bihi el bachari » . (Je cite de mémoire)

Traduction libre : « L’assassin du corps  est accusé pour son acte et l’assassin de l’âme est ignoré du peuple »

Alors, quelques  bouquets de rêves ?  Pourquoi pas.


[1] Henri Labori (1914-1995) est un éminent médecin et chercheur français né à Hanoi (Indochine). Il est à l’origine de plusieurs inventions médicales dont le « largactil » dont on se sert encore aujourd’hui pour soulager les symptômes de la schizophrénie.

[2] Marguerite Yourcenar, Nouvelles orientales, L’imaginaire Gallimard, 1963

[3] Aboul Alaa El-Maari (973-1057)

J’ai failli égarer Dieu

Auteur : Aziz Fares

La préface de mon nouveau livre » J’ai failli egarer Dieu » (edit Mille Feuilles, Alger) est signée Mustapha Benfodil, ecrivain, journaliste. En voici quelques extraits.

…En parcourant le livre de Aziz Farès, on ne peut qu’être pris d’un vertige devant ce flot impressionnant de réflexions qui résonnent telles des pépites de sagesse cueillies dans un fouillis de questionnements plus pertinents les uns que les autres. Bribes de vérités glanées dans la grande tradition mystico-philosophique, recoupant en une formidable intertextualité les traités des plus grands moralistes, maîtres soufis et autres philosophes et exégètes…..

…L’énigme est de taille et pour la résoudre, Aziz Farès en appelle à la contemplation mystique, aux trésors de la tradition biblique, au savoir gnostique, à la science profane également, à la psychanalyse (Freud, Alice Miller…), sans oublier l’apport du génie littéraire (Proust, Shakespeare, Malcolm de Chazal…), le tout mixé, macéré, malaxé dans un extraordinaire creuset syncrétique, et servi par une prose ciselée de très haute facture…

…L’écriture de Aziz Farès affleure avec grâce des tréfonds de la nuit humaine pour nous tirer vers le sublime, pour nous faire prendre l’ascenseur transcendantal, partant à l’exploration du territoire métaphysique, en frappant sans trembler à la porte de l’absolu. Nous sommes dans le diwan du doute, sur les traces du Caché, à l’affût du Sens premier…

Le Chasseur d’Etoiles

Auteur : Nadia Ghalem

À la question d’un enfant  » Est-ce que les étoiles meurent aussi ?  » Je me souviens d’avoir répondu, il y a quelques années, du haut de mon ignorance :
-mais non, jamais, elles sont là pour toujours.

Beaucoup de temps et bien des lectures plus tard, j’apprenais que ces merveilleuses petites lumières qui clignotent au-dessus de nos têtes et inspirent les poètes, peuvent exploser ou même imploser pour donner des trous noirs.

L’homme qui étudie ces derniers en est devenu le spécialiste.

Il est si gravement handicapé que l’on se demande comment il fait pour réfléchir et travailler encore.

 
Dès la première lecture de ses ouvrages, on ne peut s’empêcher de le suivre et de l’aimer précisément à cause de ses  » faiblesses « , sa vulnérabilité. Il est reconnu comme un génie de notre temps et on le compare à Isaac Newton et Albert Einstein.

 
 » Une brève histoire de temps, du Big-bang aux trous noirs  » , Stephen Hawking intrigue et fascine, que l’on soit d’accord ou pas avec ses théories.

 

On ne peut s’empêcher d’admirer l’effort de simplification et de vulgarisation qu’il fait pour rendre accessible au plus grand nombre, des données astrophysiques et cosmologiques extrêmement complexes.

 

Par-dessus ce corps abîmé par la maladie de Lou -Gehrig, il garde ce regard d’enfant qui interroge le Cosmos.

 
Chaque soir, en regardant le ciel clouté d’étoiles, on ne peut que réaliser combien ces beautés lointaines nous seraient hostiles si nous voulions y vivre et combien notre bonne vieille terre aussi vivante qu’un cerveau ou un cœur nous fait vivre, nous materne.

 

Combien nous sommes gâtés d’y trouver des fleurs et des fruits et les larges horizons des mers et des déserts.

 

Cette planète, notre maison, notre vaisseau que nous devrions nous appliquer à soigner tout en étant les plus bienveillants possible pour ses habitants, nos voisins et nos frères.

 

De nouveau le poète allemand Von Schiller :

 » Peuple des milliers d’étoiles qui rayonnent loin d’iciPar de-là les sombres voiles, frères vous chantiez aussiL’avenir sacré commence par un pur et vaste chœur
Frères tout ce monde immense n’est qu’un seul et même coeur

Le vrai et les mots

Auteur : Nadia Ghalem

« Si les hommes définissaient les mots dont ils se servent, il y aurait moins de disputes, et plus d’un royaume a été bouleversé pour un malentendu ». (Voltaire)

Dans sa tragédie, «Othello ou le Maure de Venise », jouée pour la première fois en 1604. Shakespeare, avec le génie qu’on lui connaît, nous amène à comprendre les ravages que peuvent causer des communications floues, partielles, tronquées, détournées de leur sens.

Le Maure, déjà fragilisé par son statut d’étranger devient une proie facile pour les envieux (dont Yago) qui l’entourent. Pourtant, voilà un homme qui a gravi tous les échelons avec intelligence et bravoure, il est un des notables de la Cité, ce qui n’empêche un manque d’assurance, d’estime de soi où va s’engouffrer la perfidie des manipulateurs.

La scène se couvre de cadavres. C’est du théâtre. Mais du théâtre qui nous en apprend beaucoup sur la psychologie humaine, avant Freud.

Pour sauver sa santé mentale et être bien dans sa peau, se protéger donc contre les manipulateurs. De façon positive, privilégier la communication directe, obéir à ce slogan de l’Islam : dire du bien, ou se taire. Ou faire comme le grand poète et philosophe andalou, rechercher encore et toujours, la vérité. Ibn Hazam (994-1064) 2

En soignant nos communications, nous nous faisons du bien et en faisons à notre entourage. « C’est une forme d’écologie psychologique : penser globalement, agir localement »

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Voir à ce sujet :

Isabelle Nazar-Aga, Les manipulateurs son parmi nous » paru en 2004

2Fatéma Mernissi, L’amour dans les pays musulmans, Albin Michel. Paris, 2009

La Tangente vue par Mouloud Belabdi

Auteur : Mouloud Belabdi

Mon ami Aziz Farès avec qui j’ai partagé de belles années heureuses à Alger Chaîne III, la radio francophone algérienne, vient encore une fois de me surprendre avec la publication de son premier livre La Tangente impossible (1).

Surprendre est peut-être un verbe que je ne devrais pas employer. J’ai en effet lu et apprécié quelques pages de son livre avant publication. Et quand je dis premier livre, je devrais préciser, livre écrit.

Il a écrit en effet, de belles pages sonores à la radio qui resteront dans la mémoire de ceux, auditeurs, travailleurs, collègues de la Chaîne III qui l’ont écouté, rencontré, apprécié, suivi au fil des émissions.

Aziz Farès travaille avec les mots comme un sculpteur travaille avec la pierre brute dont on ne sait pas au départ, ce que ça va être tant que ce travail, au sens d’accouchement, n’a pas abouti.

Dans le cas de La Tangente impossible, c’est un travail de remémoration. Les souvenirs personnels retravaillés dans des méditations philosophiques et poétiques en constituent la trame.

Le livre est préfacé par Maître Miloud Brahimi, ancien président de la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme. Voici un extrait de cette préface que l’on retrouve dans la quatrième de couverture :

Grand animateur de Radio Alger chaîne III, qui avait accompagné et amplifié la démocratisation balbutiante entamée après Octobre 88, Aziz Farès a été contraint à l’exil comme nombre d’intellectuels algériens sommés de choisir entre la valise et le cercueil (…). Il faut imaginer Aziz Farès aux prises avec les mots, qui font sens ou n’en font pas, c’est sans importance. L’essentiel est de témoigner de l’humaine condition, sans fard ni complaisance, mais avec suffisamment de distance pour autoriser parfois, l’ironie sceptique d’un acteur sans illusion, mais avec l’ambition intacte de servir encore un peu, passionnément…

Avec La Tangente impossible, je peux affirmer qu’Aziz a entamé la construction d’une œuvre personnelle dont la trajectoire va se dessiner et se préciser au fur et mesure d’une évolution qui tire son levain de la vie même, telle que vécue, appréciée et, parfois, supportée.

C’est une réflexion en profondeur qui embrasse les contours de la mémoire dans le déploiement du temps.

MB

(1) La Tangente impossible, 183 pages, éditions Mille-Feuilles, Alger, 2009.

Liens:

La Tangente impossible de Aziz Fares par Nassira Belloula

Liberté : La Tangente Impossible de Aziz Farès

Graines de Douceur et de Tendresse

Auteur : Nadia Ghalem

La liberté d’expression est, les praticiens de l’image et du verbe le savent , bien difficile à doser selon les époques et les cultures, selon que l’on se confie lors d’un entretien privé ou que l’on décide de diffuser des mots, des images parfois, via l’audio-visuel, le Net, et le monde.  

 

 Mais il semble, actuellement, qu’il y ait plus de tolérance à la morosité et aux pulsions négatives qu’à l’enthousiasme et aux pulsions de vie.

 
Nous sommes toutes et tous assaillis de nouvelles catastrophiques des humains qui n’en finissent plus de souffrir de misères et de guerres, nous avons même droit à la mort en direct de ces jeunes qui ne demandaient qu’à aimer et vivre.

 

Pendant la guerre du Vietnam, toute une génération chantait avec les Beatles   All You Need Is Love

 

Adonis, le poète syro-libanais à qui l’on demandait comment il pouvait écrire des poèmes pendant que les conflits ravageaient son pays répondait :
« Mais c’est là que l’on a besoin de célébrer la beauté et l’amour, c’est l’utilité de la poésie »

 
Instinctivement  ou rationnellement, les humains  par souci de résilience ont mis en mots et en musique leur besoin d’espérer.
Pendant la guerre d’Algérie, circulait une berceuse : « Ne pleurez pas, mes petits, votre père va revenir » (La tebcou ya oulidati rahou babakoum jaï).

 

À l’autre bout du monde, le poète argentin  Atahualpa  Yupanqui, écrit dans une berceuse aussi : « Duerme , duerme, negrito que tu mama esta en el campo… trabajando y no le pagan »
Dors, dors, petit nègre, ta maman est au champs, travaillant sans qu’on la paye.

 
Chant de révolte et plainte d’une esclave, sous forme de mélodie d’amour pour endormir l’enfant qui s’en souviendra peut-être…

 

Et le dramaturge  français, Armand Gatti déclarait quant à lui : « J’ai toujours cru que, par la beauté des mots, on pouvait changer le monde ».

 

Une opinion que devait partager son ami algérien homme de lettres comme lui, Kateb Yacine.

C’est tellement merveilleux de s’aimer et se le dire comme l’on fait les Algériens lorsqu’ils ont envahi les rues de leur pays pour fêter la victoire de leur équipe de foot, et les Québécois qui ont fait de même récemment pour  célébrer la fête nationale avec le Fleurdelysé.

 
Rien n’est plus important que la joie et les sentiments positifs lorsque l’on tient compte de la brièveté de notre présence sur cette terre, chaque jour devrait être une chance, un cadeau qui s’ajoute à ceux qui l’ont précédé.

 

Il ne s’agit pas de dissimuler la tristesse ou la dépression sous un masque faussement serin ou joyeux, mais de prendre conscience du fait que nous sommes vivants et conscients et que l’estime et la compassion que nous éprouvons pour nous-mêmes peuvent bénéficier à ceux que nous aimons d’abord, et à ceux que nous côtoyons mais aussi à celles et ceux que nous pouvons rejoindre, ne serait-ce qu’en pensée.

 
Célébrer l’amitié ou l’amour en poésie ou en mots n’a rien d’indécent, d’irrespectueux ou d’irresponsable. Ce serait même une façon de participer, bien modestement, aux mutations du monde. 

Lorsque Jean Ferrat  chante Aragon avec ces mots , il ne dit pas autre chose que le fait de résister  de façon saine au mauvais temps:

« Comment croire, comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j’entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda
 »

 

Mieux encore, pendant les années lyriques au Québec, alors que s’affirmait l’identité nationale, Pauline Julien chantait : « Ce soir j’ai l’âme à la tendresse, douce douce, tendre tendre…
…Pourtant nous savons que la vie est plus forte que la mort
Le désespoir a dit son dernier mot
 ».

 

Semer des graines de douceur et de tendresse pour les plus fragiles d’entre nous, pour les générations qui nous succèderont. Rêve ou utopie ?  Un bien joli programme en tout cas.
Pour finir, ces mots du poète allemand, Von Schiller, qui émaillent la neuvième symphonie de Beethoven :
« Dites-nous que la nature ne sera que joies et fleurs et que la cité future oubliera le temps des pleurs. »

Fascination géométrique pour une introspection psychologique

Les Arabes autrefois, avaient découvert grâce aux ombres, l’idée des tangentes (une longueur d’ombre à un moment de la journée ou des ombres calculés grâce à un bâton ou gnomon) mais ne nous enfonçons pas dans la géométrique et les mathématiques, mais plutôt dans l’introspection « tangente » d’Aziz Fares où il y a des impossibilités et des évasions ce qui nous renvoi à des questionnements et des interrogations.

Mais tout commence donc par une rumeur, une rumeur déferlante qui empoigne, qui nous renvois dos à dos avec nos fantômes et nos démons,  et cette route qui se dessine devant nous longiligne, fallait-il donc reprendre cette route ? « Cette route qui ne venait de nulle part et qui ne menait à rien. » pourtant, psychologiquement cette route mène bien quelque part, irrémédiablement vers soi, dira le narrateur de La tangente impossible,  parlait-il d’exil, de cet exil intérieur plus douloureux encore.

Il nous renvoi donc au bout du voyage vers nous, chacun revient vers lui-même, mais ce soi, ce moi profond est-il – ce nulle part- « je vous écris de nulle part » ceci dit, ce nulle part existe bien « Et, d’ailleurs comment pourrais-je vous dire où je suis ? Quand l’exil vous a pris dans sa barque emportée par la bourrasque qui fouette le visage et le corps » .

L’écriture ici se mêle pour devenir témoignage et témoin à la fois et le lecteur est pris en faute, celui d’être « l’écouteur » car ce qui va se passer est déjà en lui, fermentant et grondant.

La liberté, les mots doux, les mots amers, des souvenirs et des idées en sommes toute une vie, cette vie qui s’assemble dans ses pages et il s’agit finalement de se regarder en face,  mais « attention ! L’illusion est dangereuse quand on persiste à ignorer la réalité » averti le narrateur qui sait que cette réalité, la notre, celle que nous avons tous vécus est amère, elle est pleurs, morts, déchirures, éclatements….le narrateur nous ressemble, car nous aimerions tous taire nos états d’âmes, tourner le dos à nos démons.

Or, la déchirure est bien profonde en nous et la cicatrice tarde à venir. L’exil est apparu donc comme l’ultime solution, un choix douloureux mais l’enjeu était de taille, c’était celui de l’instinct de conservation.

Aziz Fares plante le décor de son récit nous sommes en plein de cette décennie noire qu’il ne nomme pas, qu’il ne prononce pas mais elle est là, sombre et effrayante, elle écorche et éparpille nos sentiments et nos sensibilités, nos frayeurs et nos espoirs.

Aziz Fares use du verbe comme il sait si bien le faire, mais cette fois-ci avec une différence, il y a de l’émotion et de la fureur dans le texte, dans les textes car tout se suit comme un délire beau et fou, des lieux indéfinis et le temps bien précis, les heures et les matins inscrits comme un journal de survivance, tenu pour se rappeler que tout est discontinu, tout est tordu d’où une tangente impossible, et n’est-ce pas que « s’échapper par la tangente » s’est s’esquiver, se tirer d’affaire adroitement, or, ici nous n’arriverons pas à s’en sortir d’affaire car la douleur est là et les souvenirs aussi, parfois, imposants par le bonheur qu’il procure encore « j’aimerai tellement entendre le son de l’âtre qui crépite de bonheur et les pas aériens des enfants de l’espoir.»

Il ne s’agit pas d’aligner ici des mots qui ne servent qu’à dire, qu’à écrire, c’est plus profond c’est une aptitude de l’esprit d’entrer en contact avec lui-même et c’est cela qui donne à l’écriture un cachet particulier.

Il ne faut pas croire que l’exercice auquel s’est adonné Aziz Fares, celui de l’auto-analyse est réductible, c’est une parfaite « aventure » où tous les tiroirs ont été ouverts, ceux de l’amour, de la rencontre, des espoirs qui nous animent, des incompréhensions aussi. La rumeur, celle qui nous a prise en branle bas au début du texte, nous reprend, non pas désabusé mais repus de mots à la fin et quels mots.

« La Tangente Impossible » de Aziz Farès, Ed, Mille feuilles, Alger,2009

Publié sur le site: http://nassiralettres.over-blog.com/

Un leader idéal

Auteur : Michael Barrington

Au travail, êtes-vous frustré parce que les choses ne semblent pas se passer comme vous l’auriez souhaité? Vous voyez les gens s’agiter autour de vous, mais rien n’est fait. Et dans ce brouhaha vous vous rendez compte que vos objectifs sont exactement ce qu’ils sont , des objectifs. Il est donc peut-être temps pour vous de vous lever et de faire quelque chose.

Beaucoup croient que les grands dirigeants sont nés pour diriger .Oui certaines personnes naissent avec des talents naturels. Toutefois, sans la pratique, sans entraînement, sans enthousiasme, et sans expérience, il ne peut y avoir de véritable développement .

Vous devez également vous rappeler que les bons dirigeants travaillent sans relâche et étudient en vue d’améliorer leurs compétences. Cela prend un engagement constant que  la personne choisit.

Définissons avant tout ce qu’est le leadership. Pour être un leader, il faut être en mesure d’influencer les autres pour atteindre un but ou un objectif. Cela contribue à l’organisation et à la cohésion d’un groupe.

Contrairement à ce que la plupart des gens croient, le leadership n’est pas une question de pouvoir. Il ne s’agit pas de harceler les gens ou de diriger en utilisant la peur mais d’encourager les autres vers l’objectif de l’organisation. Le leader met tout le monde sur le même pied d’égalité  en aidant à voir l’image la plus précise de l’organisation. Vous devez être un leader pas un patron.

Tout d’abord, il faut amener les gens à vous suivre. Comment?

Les gens suivent les autres quand ils voient un sens clair de l’objectif. Connaissez vous ce slogan qui dit que, ne pas me suivre, je suis perdu aussi? Il en va de même pour le leadership. Si vous vous ne savez pas où vous êtes , et vous êtes à la tête, les chances sont que les gens ne vous suivront pas du tout.

Vous devez définir la vision de l’organisation en ayant une idée claire de la hiérarchie, de savoir qui sont les patrons, à qui parler, des buts et des objectifs, et comment l’organisation travaille. C’ est la seule façon de montrer aux autres que vous savez ce que vous faites.

Être un dirigeant n’est pas fondé sur ce que vous faites. Il s’agit de qui vous êtes, ce que vous savez . Vous êtes le reflet de ce que vous attendez..

L’expérience a démontré que la base de la bonne direction est la confiance que vos collaborateurs  ont en vous. Si tel est le cas,  ils vous accompagneront n’importe où.
La confiance se construit sur de bonnes relations, la fiabilité, et l’éthique.

Une fois que vous avez leur confiance, vous pouvez communiquer vos buts et vos objectifs .

La communication est très importante . Sans cela, vous ne pouvez pas être un bon leader. Les connaissances et l’expertise technique que vous avez doivent être clairement confiées à d’autres personnes.

De plus un bon leader s’appuie sur un bon jugement. Vous devez être en mesure d’évaluer les situations, de peser les avantages et les inconvénients de toute décision, et de rechercher activement une solution.

C’est ce jugement que vos collaborateurs attendent. Par conséquent, une bonne prise de décision est essentielle à la réussite de votre organisation.

Les dirigeants ne sont pas des héros qui peuvent tout. Vous ne devez pas prétendre tout savoir, et vous ne devriez pas compter uniquement sur vos compétences.

Vous devez reconnaître les compétences de vos collaborateurs et tirer profit de leurs talents. A partir de ce moment là, vous serez en mesure de travailler comme une unité cohérente.

Rappelez-vous être un leader prend une bonne dose de travail et de temps. Il ne s’agit pas d’un savoir que l’on peut acquérir en dormant. Rappelez-vous, aussi, qu’il ne s’agit pas de vous simplement.

Alors, avez-vous le désir de servir et de diriger? Avez-vous le désir de travailler en collaboration avec d’autres personnes? Si vous répondez oui, vous pouvez prétendre devenir un vrai leader.

Les Bâtisseurs de Paix

Auteur : Nadia Ghalem

Il nous arrive, lorsque nous discutons entre amis  de ne pas comprendre pourquoi le monde où nous vivons n’est pas plus paisible.  Pourquoi nos rêves ne se sont pas réalisés.  Alors, chercher à comprendre la source de ce qui « perturbe » la paix.

Le Mahatma Gandhi, le pasteur Martin Luther King et John Lennon ont été assassinés peut-être parce qu’ils avaient dominé leur propre violence pour ensuite tenter  d’inspirer les autres. On peut imaginer que leurs assassins n’ont pas supporté cette force à laquelle ils n’avaient pas le pouvoir d’accéder.

Pour tenter de comprendre nos difficultés à bâtir la paix, peut-être pourrions-nous interroger nos propres colères, nos propres violences.

« Katilou el Jismi maktouloun bi fi’latihi oua katilou errouhi lem yedri bihi el bachari », que l’on pourrait traduire par :

« L’assassin du corps est puni pour son acte, mais l’assassin de l’âme est ignoré des foules ».

Ce vers du grand poète arabe Abou El Ala El Maâri nous éclaire sur une forme de violence sournoise, diffuse, invisible mais qui n’en fait pas moins des ravages.

Il ne reste plus alors à ceux qui subissent ce genre de situation que la révolte absolue comme élan vital ou la fuite suicidaire .

Voici ce qu’en dit le poète iranien, Ahmed Chemlou :

Nous nous sommes assis

Nous avons pleuré

Et d’un seul cri

Nous avons bondi

Hors de nous-même. [1]

Faut-il, pour connaître et rechercher la paix, analyser la violence en soi et autour de soi et rechercher des  moyens efficaces ?  Encore une fois, la réponse par la poésie :

« Water is taught by thirst

Land – by the ocean passed

Transport – by throe -

Peace -by it’s battle told -

Love, by Memorial Mold

Birds, by the snow »

On apprend l’eau – par la soif

La terre – par les mers qu’on passe

L’exaltation – par l’angoisse -

La paix – en comptant ses batailles -

L’amour – par une image qu’on garde

Et les oiseaux – par la neige

Emily Dickinson[2]

Donc, aller vers la paix  en la cherchant d’abord en soi par l’estime de soi, se libérer en pardonnant aux autres, en jugulant ses peurs, à ce propos, le Brahmane Jiddu Krishnamurti a mené une réflexion rigoureuse dans un ouvrage majeur : « Le vol de l’aigle »[3]

De façon pragmatique, on peut prendre ses distances avec les situations toxiques crées par des personnes qui nous en veulent d’être simplement nous-même.  Prendre alors ses distances et s’entourer de ce que j’appelle « la garde rapprochée » constituée de personnes qui nous aiment comme on les aime.

Dans « L’inamoramento » [4]Francesco Alberoni avec l’éloquence de l’Italien et  la rigueur du scientifique, nous explique le processus amoureux comme un mouvement collectif : Ouvert au plus grand nombre lorsqu’il s’agit d’associations, de syndicats ou de partis politiques où l’on essaie de recruter le plus grand nombre de partenaires et le processus amoureux du couple ou mouvement collectif fermé, à deux, où la moindre ingérence externe est perçue comme  un danger qui ébranle ou peut éliminer le processus et le tuer dans l’œuf.

Il y a aussi la beauté du désintéressement, de l’amour absolu et ce sentiment aussi inexplicable que la passion : la Foi.

Rabi’a al-Adawiya est une sainte soufie qui vécut à Bagdad à l’époque médiévale (2e siècle de l’hégire) Selon la tradition, elle introduisit dans le soufisme très ascétique de l’époque la notion de l’amour absolu envers Dieu.

C’est à elle que l’on doit la fameuse parole :

« Je traverse le monde une torche dans une main et un   seau d’eau dans l’autre. Je veux verser de l’eau dans  l’enfer et mettre le feu au paradis afin que  disparaissent  ces deux tentures et que les hommes ne  prient plus Dieu dans la crainte de l’enfer ou dans  l’espoir du paradis, mais uniquement par amour pour Lui

Nadia Ghalem

N. B. certaines sources d’informations et traductions  viennent de Wikipédia


[1] [1] Ahmad  Câmlou, D’une haine débordante, Iran Poésie &autres rubriques par Chahrâchoub Amirchâhi & Alain Lance, p. 42, François Maspero, Paris, 1980

[2] Emily Dickinson Poétesse, 1830 -1886, Amherst, Massachusetts, États-Unis

[3] Jiddu Krishnamurti « Le vol de l’aigle » publié en 1978 aux éditions Delachaux Niestlé

[4] Innamoramento, Francesco Alberoni. Garanzati, 1998

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