Paroles Positives

Tout ce dont vous avez besoin est déjà en vous !

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Il y avait un jardin…

Auteur : Aziz Fares

J’ai lu avec un immense plaisir « un jardin dans la guerre », de Nadia Ghalem. Une belle écriture faite de sensibilité et d’émotion et un regard très particulier sur le monde et sur l’Algérie en particulier. J’ai aimé ce récit qui oscille entre la joie et la tristesse, le rêve et la réalité, le témoignage et la découverte.

Un beau moment passé dans un jardin, cette oasis de paix dans un monde en guerre.

« Le ciel étoilé d’Algérie c’est comme une symphonie qui enivre l’âme ». Tout est dit ou presque dans ces quelques mots que j’aurai, je l’avoue, tellement voulu écrire.

Et, sous ce ciel, j’ai fait un voyage à travers un monde autant imaginaire que réel. Un voyage dans lequel se mêlent souvenirs oubliés, douceur de l’enfance, espoirs secrets, interdits, mystérieux en retrouvant quelques photos jaunies mais emplies de tendresse.

Sous ce ciel étoilé, j’ai vu des enfants jouer, rire et pleurer, s’interroger, interroger les grands en posant de pertinentes questions.

Le sens de la vie, de la mort, de la guerre, de la paix. Et j’entends la voix qui se veut autoritaire mais si douce d’une tante qui veille, d’un grand père attentif, de parents affairés mais toujours disponibles et de ma grande sœur Zina si gentille qui me protège et qui m’apprend comment on peut grignoter des tiges de chardon…

Chère Zina, qui à peine arrivée dans ma vie est repartie dans ce ciel que j’observe, je contemple pour tenter de la retrouver.

Retrouver Zina, c’est retrouver Oran et la mer, Batna balayée par le souffle du Vent des Aurès et Tlemcen protégée par Sidi Boumedienne; c’est écouter en silence Amti me transporter dans les fabuleuses histoires de Shéhérazade. Sa maison sent l’encens et les fruits, quand on lui dit qu’on aime son odeur, elle répond : c’est parce que je cache du musc ici et elle indique le bas de sa gorge. C’est la famille, la mienne, mon père parti à la guerre et je pense que si je suis encore plus malade, il va revenir encore plus vite. Ma mère croit que je vais mourir mais elle est très fière de moi, même si elle se fâche car je parle trop. Comme tous les enfants.

Ah oui, je ne dois pas oublier Saida, sur les hauts plateaux, là ou le vent nous décoiffe en murmurant à nos oreilles.

A Saida je suis devenue aveugle à cause du trachome. C’était comme avoir du sable sous les paupières. Heureusement que j’ai été soignée et maintenant je vois.

Et je vois l’Algérie que j’aimais. Les agneaux si fragiles, les oliviers si fiers, et toutes les fleurs qui respirent de bonheur.

J’ai vraiment aimé ce voyage initiatique plein de tendresse que j’ai pu partager avec Khadidja, petite fille qui vivait dans un jardin tranquille à l’abri de la haine. Le jardin de l’innocente enfance, loin du grondement de la guerre et du danger.

Un Jardin dans la guerre ; plus qu’une belle histoire : La vérité intacte.

Un Jardin dans la Guerre
De Nadia Ghalem
Jeunesse l’Harmattan
2009

Pareils ou pas pareils ?

Auteur : Nadia Ghalem

Les gens qui travaillent avec des enfants ou les côtoient de près savent bien que ce petit peuple a ses propres critères, sa façon d’appréhender la réalité.  Bien souvent, nous avons oublié cette période de notre vie, à tort, nous aurions plus facilement tendresse et compassion pour nous-mêmes et pour nos moments de vulnérabilité.

 
Je ne sais comment la conversation d’aujourd’hui a dévié vers les différences entre garçons et filles. 
 

-J’aime pas les garçons, ils savent pas jouer, ils nous bousculent, ils nous font mal et ils veulent toujours courir. 
  

À côté d’elle, un petit à lunette baisse la tête, penaud, il semble chercher une réponse, elle vient d’un plus grand, plus sûr de lui : 
-C’est vous les filles qui ne savez pas jouer, vous voulez toujours parler entre filles et dès qu’on vous touche, vous partez à pleurer Oueh, on dirait que vous êtes en chocolat. 
 

Tout le monde se met à rire, ça détend l’atmosphère. L’éducateur dit : 
-C’est vrai, les filles et les garçons ne sont pas toujours pareils.

 
Je me souviens, au Parc, lorsque passe un camion de pompiers, tous les petits bonshommes arrêtent de jouer dans le carré de sable et se mettent à hurler et sauter en agitant les bras. Les filles, elles, continuent à bâtir leurs châteaux. On dit qu’elles ont très vite le sens de la compassion, qu’elles aiment aider. Les garçons sont plus compétitifs, ils aiment prouver leurs capacités, mais tout cela est bien schématique, Comme tout dans la nature humain, il y a bien des nuances…
Dans notre petit groupe, les filles parlent de leur famille, de ceux qu’elles aiment, les garçons semblent prévoir qu’ils auront bien des responsabilités plus tard comme connaître par cœur les marques d’autos, les noms des équipes sportives et deviner comment pensent les filles.
Les filles aussi envisagent qu’elles devront deviner comment pensent les garçons.
Les discussions vont bon train :
-Moi, dit un garçon, j’ai une blonde, elle est grande; elle a perdu beaucoup de dents, elle est jolie!

 
Sûr qu’à cet âge-là,  7 ou 8 ans, il y a des critères de beauté qui séduisent plus que d’autres…
Je me rapproche de ceux qui se tiennent à l’écart, par choix ou rejetés par le groupe.  Notre rôle consiste à faire participer tout le monde mais, ils parlent à voix basse :
-Moi, quand je serai grande, je ferai des bébés dans mon ventre !

 
-Et moi, dit le petit à lunettes en bégayant d’émotion, je ferai des super super matozoïdes.

 
L’éducateur et moi nous échangons un regard, nous voilà rassurés sur nos petits qui, malgré leur situation difficile semblent avoir des perspectives d’avenir…
Et bien sûr, l’on ne peut s’empêcher de penser à la merveilleuse chanson de Jaques Brel, un enfant :

Un enfant,
Ça écoute le merle
Qui dépose ses perles
Sur la portée du vent
Un enfant,
C’est le dernier poète
D’un monde qui s’entête
A vouloir devenir grand
Et ça demande si les nuages ont des ailes
Et ça s’inquiète d’une neige tombée
Et ça s’endort, de l’or sous les paupières
Et ça se doute qu’il n’y a plus de fées

Silence ! On tourne!

Auteur : Nadia Ghalem

Le voilà, le vingt et unième siècle : celui des hommes machines.

Je les appelle « machinisés ».  Ils sont jeunes, plus ou moins trente ans, ils ont devant la bouche un minuscule micro et sur l’Oreille, l’écouteur. De temps en temps, leur regard se fige, ils s’absentent, on sent qu’ils sont en communication avec un collègue, un chef de plateau ou le réalisateur.
Nous sommes en tournage pour un film ou pour une série télévisée, c’est la même chose… Ou presque.
Les techniciens évoluent comme des insectes sur une invisible toile d’araignée, ils n’ont pas droit à l’erreur.  Tout le monde est soumis à la minute à l’action, à la seconde et comme dans les peintures en abyme, il y a, à la fois comme un centre névralgique et un reflet, les acteurs.
Ce qui est remarquable, c’est que, comme à la NASA , chacun travaille au mieux de ses compétences, chacun est meilleur que lui-même, pas de compétition, ni d’empiètement.

Le jumelage des humains avec la technologie amène une vraie révolution comme à l’époque de l’industrialisation, lorsque les machines ont pu soulager les humains de la peine d’utiliser la force musculaire, voilà que les nouvelles technologies permettent au cerveau humain d’avoir des « prolongements » visuels, auditifs et surtout opérationnels comme ces arborescences qui permettent de refléter les opérations de l’intelligence qu’elle soit féminine  masculine ou d’origines diverses, en l’amplifiant, la rendant plus performante.
C’est ce que devraient comprendre les sociétés qui briment les femmes ou les minorités, se privant ainsi d’un capital d’évolution et de production absolument extraordinaire. 
Entre le calculi, la tablette d’argile du musée de Bagdad et nos ordinateurs, micros, caméras et autres machines électro techniques, il y a peut-être des milliers d’années mais surtout l’invention de l’électricité et la mondialisation de la communication qui a fait de nous des acteurs ou des techniciens sur l’immense toile de la communication planétaire dont le scénario nous échappe encore.
Mais, silence, on tourne le film de notre avenir.  Les machines seront ce que nous en ferons.
Je rêve pour ma part de l’utilisation de la force du vent et de l’énergie solaire port sortir des régions et populations défavorisées de leur isolement par l’instauration de centres de production et création technologiques.

On peut rêver que cette mondialisation de la communication ne laissera personne dans l’isolement, malgré les murs que les humains érigent entre eux : 
  
  
 
Voici ce que chantait jadis la grande musicienne et chanteuse Algérienne, Fadéla edziriya :

« Anaya barrani eghrib la mensal a3liya, nebki elmsa ma3a ellil ou edm3a mejriya. »
(Je suis étrangère, exilée, personne ne s’intéresse à moi. Je pleure nuit et jour , les lames s’écoulent)[1]

La culture Algérienne est émaillée de chants nostalgiques de l’éloignement, la séparation à cause de la géographie, les fractures sociologiques.
Ainsi certains Chaouias disent : « Nous sommes des sans papiers dans notre propre pays », et ils lancent dans leurs montagnes ces merveilleuses notes du chant de gorge et de cette trompette à la sonorité voilée, la  ghaïta.
Il y a aussi les enfants de l’Ouest  et d’Oran qu’interpelle la chanson d’Ahmed Wahbi[2] :

Ya elli mâchi lîha ghâdi
Wassi yatt’hallou fi blâdi
Ya elli mâchi lîha ghâdi
Wassi yatt’hallou fi blâdi
 
Toi qui va là-bas, recommande qu’on  prenne soin de ma ville, toi qui va là-bas, recommande qu’on en prenne soin.
 

Le futur, comme on le voit se présente sous d’autres hospices ; grâce aux nouvelles technologies de communications nous serons moins douloureusement étrangers les uns aux autres et aux pays qui nous ont donné le jour.
Nous serons comme les neurones de cet immense cerveau qu’est la planète
Terre.
Vous est-il jamais arrivé, bien installé dans la fabuleuse beauté du village de Sidi Bou Saïd en Tunisie de rêver à un jumelage avec la Casbah , ce nid de la mémoire de l’Algérie et Sidi Bou Médienne, des Joyaux sur Méditerranée pour le rêve et la beauté et pour que nous ne soyons plus jamais des étrangers.
 
 
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[1] Fadhéla Dziria  (1917-1970) – Grande cantatrice.
Née le 25 juin 1917 à Djenan Beït El Mel du côté de Notre Dame d’Afrique, à Alger, dans une famille conservatrice, Fadhéla Dziria, de son vrai nom Fadhéla Madani, est l’une des figures les plus marquantes de la chanson traditionnelle citadine dite Hawzi.
[2] Ahmed Wahbi, de son vrai nom Ahmed Driche, est un chanteur algérien et l’un des fondateurs avec Blaoui Houari du style musical El Asri, un genre influencé par la musique arabe et les rythmes et le langage poétique oranais. Né à Marseille en 1921 décédé à Alger en 1993

Pour l’amour de l’art

Auteur : Nadia Ghalem

Lorsque l’on assiste à un spectacle, on n’imagine pas tout le travail qui a mené  à la performance. C’est  cela le but : donner au spectateur le sentiment qu’il assiste à quelque chose de spontané, improvisé. 

 C ‘est ce que fait James Thierée qui donne à voir de la poésie teintée d’humour, de la beauté en mouvement. Il est le petit fils de Charlie Chaplin; par l’allure et le geste, il ressemble à son illustre grand-père.  On peut trouver sur Internet des exemples de ses talents.

Assister à l’un de ses spectacles c’est, pour un temps, survoler la réalité et ses aléas et aller vers le monde enchanté de l’art si parfaitement maîtrisé du geste et de l’élégance.

L’impression que ce jeune artiste improvise les gestes et les expressions destinés à nous mener vers un monde plus réconfortant, plus beau. C’est de la séduction pure, de l’amour partagé avec des dizaines de personnes.  Ce qui illustre le mot de Félix Leclerc :

« Ce sont les artistes qui fixent la présence des beautés de ce monde, et ainsi élèvent et consolent l’homme. »

Lorsque l’on se sent démolis par les terribles violences d’ailleurs comme à Hassi Messaoud en Algérie.

Ces violences, ces vagues de haine contre des femmes parce que leur travail et leur indépendance provoquent de pauvres hères impuissants à les imiter, n’ont d’égal que la mentalité de ces hommes convaincus que les femmes leur sont inférieures, donc méprisables.

Lorsque l’on est démolis donc par les méchancetés du monde , il est des artistes qui donnent à la vie un parfum de grandeur et une lumineuse  beauté. 

Même aperçus un instant, une heure unique, quitte à ne plus les revoir jamais, les voilà qui ont changé notre vie comme un bon livre, une musique formidable, un bel amour partagé.

C’est ce que chantait Jacques Brel :

Quand on n’a que l’amour?

A s’offrir en partage?

Au jour du grand voyage?

Qu’est notre grand amour?

Quand on n’a que l’amour?

Mon amour toi et moi?

Pour qu’éclatent de joie?

Chaque heure et chaque jour?

Quand on n’a que l’amour?

Pour vivre nos promesses

Sans nulle autre richesse?

Que d’y croire toujours

 

LA DAME DE MATANE

Auteur : Nadia Ghalem

Que faire quand on est bousculé dans sa vie ?
Rechercher la vengeance bien sûr, mais ce serait faire trop d’honneur à qui l’on méprise et surtout ne plus se reconnaître soi-même hors de cette personnalité que l’on a mis tant d’années et d’énergie à bâtir au plus près de la paix
quotidiennement pratiquée
.

Cette paix toujours rebâtie qui fait partie des valeurs léguées par les parents et par un peuple qui a su pendant des siècles résister aux vicissitudes du quotidien et qui a parfois pu surmonter ses peines pour se remettre au travail.
Mes outils : feuilleter follement, comme on cherche des bouffées d’oxygène, ces recueils de poèmes où le Marocain Abdelatif Laabi, l’Algérienne Anna Greki, le Tunisien Hédi Bouraoui, la Française Anna de Noailles, le Québécois Nelligan et tant d’autres ont semé des musiques et des mots jusqu’au beau José Acquelin encore vivant, Nadine Ltaief et tant d’autres, vivants ou morts qui ont semé leurs mots comme autant de petits cailloux pour montrer le chemin quand on est bousculé par la vie.
Et là-bas, loin dans le temps Massinissa qui fit l’unification de la Numidie et défendit Carthage. Plus près de nous, les femmes de Mascara qui ont envahit les rues de leur ville et ont marché comme des fourmis contre l’armée coloniale.
Pour se raisonner, retrouver le bonheur de chaque jour et accueillir dignement le printemps, voyager dans le temps ou dans l’espace, pourquoi pas ?
Un autobus, la nuit. Le chauffeur québécois qui rit gentiment quand je lui recommande de ne pas s’endormir au volant; nous avons 11 heures de route devant nous. Grosse secousse. Je me réveille en sursaut. Le chauffeur dit tout simplement : Un chevreuil sur la route, j’ai failli le frapper.

Les animaux sont désorientés par la présence envahissante des humains.

Matane, enfin, les gens sont aimables, pas compliqués.

La ville est tranquille, et la mer est là avec ses vaguelettes, le ciel qui libère le regard, les fous de bassan qui volent élégamment et plongent soudainement dans l’eau, comme des cailloux et ce gros rocher bien rond anormalement rond, je ne l’avais pas remarqué auparavant. La fatigue peut-être. J’en parle avec la réceptionniste de l’hôtel, elle me regarde comme les campagnards qui s’étonnent de l’ignorance de citadins : C’est une baleine! C’est rare qu’elles viennent si près du rivage.

 
Je l’ai vue, la première baleine de ma vie, je l’ai surnommée la Dame de Matane.

Je réponds prétentieusement : Elle est venue pour moi.

Je vais lui inventer une histoire. Elle m’a réconciliée avec moi-même, les braves humains qui m’entourent, les signes d’amitié, parfois à peine perceptibles, le paysage, tout. Je reviens de loin. Mon roman sera beau.

Nadia Ghalem

À propos de son dernier livre

Mouloud Belabdi – « J’ai failli égarer Dieu!» Le titre de prime abord, attire l’attention. Celle ou celui qui découvre votre livre en librairie, ne manquera certainement pas de le prendre en mains et de le feuilleter. L’affirmation s’adresse à qui?

Aziz Farès – C’est une affirmation certes, mais qui doit être comprise comme une interrogation. S’agit-il de Dieu au sens religieux et, dans ce cas, de quelle religion? Le titre, accrocheur, résume une pensée que je souhaite ouverte et large. Ou bien est-ce MOI qui m’égare? Où suis-je par rapport à MOI? C’est une quête philosophique et mystique qui replace l’individu au centre de sa réflexion.

M.B. – Même si nous pouvions perdre Dieu, Lui ne nous perd pas. Nous sommes dans sa Présence intégrale. Alors qu’est-ce que nous perdons en fin de compte? Qu’est-ce que nous pourrions éventuellement perdre? Nous perdre nous-même? Perdre nos illusions dans une vie, comme dirait Shakespeare, faite de bruit et de fureur et qui ne veut rien dire?

A.F. – Je ne suis pas un exégète pour définir Dieu, par définition indéfinissable. Il n’est pas question de perdre Dieu auquel nous sommes plus proches que nous le croyons pour paraphraser Cheikh el Alawi que je cite dans mon ouvrage. Nous sommes dans la recherche de la foi, en Soi.

M.B. – Dans votre livre, vous vous réclamez de plusieurs traditions spirituelles et littéraires. Comme le souligne Mustapha Benfodil, dans sa préface, « on ne peut qu’être pris d’un vertige devant ce flot impressionnant de réflexions qui résonnent telles des pépites de sagesse cueillies dans un fouillis de questionnements plus pertinents les uns que les autres. Bribes de vérités glanées dans la grande tradition mystico-philosophique.» Pour ceux qui ne sont pas au fait des grandes interrogations existentielles et des réponses apportées par ces mêmes traditions dont le soufisme considéré comme l’essence de l’Islam, que diriez-vous, sachant que toutes ces traditions se rejoignent dans leur finalité?

A.F. – Le soufisme, comme la kabbale, est une école de pensée. La finalité ne consiste pas seulement à trouver une réponse, mais à relancer un questionnement. Les portes sont devant nous, ouvertes ou fermées; tout dépend de notre capacité à accepter de les franchir.

M.B. – Écrivez-vous par inspiration ou faites-vous un plan de travail?

A.F. – L’inspiration est le moteur de ma réflexion. Tout inspire, tout m’inspire. Les gens, la lecture, l’appel à la prière, la méditation… Les idées sont là, à proximité et je tente de les saisir, de les comprendre. Ensuite, l’organisation pratique se met en place.

M.B. – Écrivez-vous en soirée? En matinée? Pendant la journée? Qu’est-ce qui vous inspire le plus?

A.F. – J’écris le matin, très tôt, au réveil. Et plus qu’un « réveil », il s’agit d’un « éveil ».

M.B. – D’autres projets d’écriture en vue?

A.F. – Je viens de finir un nouveau manuscrit consacré à des expériences vécues. Je le relis afin de me convaincre du bien fondé des mots et des idées que j’expose. Je travaille également sur un nouveau recueil consacré à des souvenirs personnels.

M.B. – Vos livres sont publiés aux éditions Mille-feuilles. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre relation avec l’éditeur?

A.F.- Sid Ali Sekheri est un libraire très compétent qui s’est lancé récemment dans « l’aventure de l’édition ». il a eu le courage d’éditer mes deux ouvrages « La Tangente Impossible » et « J’ai failli égarer Dieu ». Je dis courage, car il n’est pas évident de se risquer, de nos jours, à porter à bout de bras une réflexion philosophique, mystique, à la limite de l’ésotérisme.

Pour aller plus loin:
«J’ai failli égarer Dieu!» de Aziz Farès – Voyage au bout de l’intelligence par Anissa kendil du quotidien Le Jour d’Algérie
Publié par M.B. à l’adresse 2:57 PM 2 commentaires
Libellés : Aziz Farès, J’ai failli égarer Dieu, Littérature

Bouquets de rêves

Auteur : Nadia Ghalem

Comme des marchands de ballons, les humains se promènent avec des rêves plus ou moins clandestins.

À quoi rêvent les petites filles ?  À devenir princesse, à piloter une fusée ou voler au secours des populations démunies (?)

À quoi rêvent les petits garçons ? À devenir chef pour combattre les méchants et les bandits, à devenir docteur ou à piloter une fusée.

Devenus adultes pour affronter ou fuir la réalité, nous nous promenons avec ces bouquets de ballons légers et colorés mais invisibles.

Voici ce qu’en dit Henri Laborit [1] dans le film « Mon oncle d’Amérique » d’Alain Resnais… :

« La fonction du système nerveux consiste essentiellement dans la possibilité qu’il donne à un organisme d’agir, de réaliser son  autonomie motrice par rapport à l’environnement, de telle façon que la structure de cet organisme soit conservée ».

La motivation fondamentale des êtres vivants semble être le maintien  de leur structure organique. Mais elle dépendra soit de pulsions, en      réponse à des besoins fondamentaux, soit de besoins acquis par  apprentissage.

Avec le cortex, on accède à l’anticipation, à partir de l’expérience mémorisée des actes gratifiants ou nociceptifs, et à l’élaboration  d’une stratégie capable de les satisfaire ou de les éviter   respectivement » .

Du côté de la littérature, un vieux conte chinois, rapporté entre autres, par Marguerite Yourcenar[2] , illustre ce propos, le voici,  en résumé :

L’empereur est sorti pour la première fois de son palais. Il a vu le monde.  Il convoque aussitôt le peintre officiel et lui dit :

-Tu m’as trompé, tu m’as montré le monde plus beau qu’il n’est enréalité.  Tu dois mourir.

Le peintre répondit :

-Sire, laissez-moi peindre une dernière toile.

Permission accordée.

L’artiste peint le ciel, la mer, un voilier… Il saute dans le voilier et s’enfuit.

C’est ce que font parfois des gens en se réfugiant dans l’imaginaire, la créativité pour fuir un quotidien ennuyeux, difficile ou l’agression des autres (les jeunes Algériens parlent de « hogra » : un ensemble d’arrogance, de mépris, d’agressivité en silence pratiqué et imposé qui dépersonnalise et réprime toute possibilité de réponse).

Voici ce qu’en dit le grand poète arabe Abou El Ala El Maari [3] :

« qatilou el jismi methoumoun bi fi’latihi ou qatilou el rouhi lem yadri bihi el bachari » . (Je cite de mémoire)

Traduction libre : « L’assassin du corps  est accusé pour son acte et l’assassin de l’âme est ignoré du peuple »

Alors, quelques  bouquets de rêves ?  Pourquoi pas.


[1] Henri Labori (1914-1995) est un éminent médecin et chercheur français né à Hanoi (Indochine). Il est à l’origine de plusieurs inventions médicales dont le « largactil » dont on se sert encore aujourd’hui pour soulager les symptômes de la schizophrénie.

[2] Marguerite Yourcenar, Nouvelles orientales, L’imaginaire Gallimard, 1963

[3] Aboul Alaa El-Maari (973-1057)

Le Chasseur d’Etoiles

Auteur : Nadia Ghalem

À la question d’un enfant  » Est-ce que les étoiles meurent aussi ?  » Je me souviens d’avoir répondu, il y a quelques années, du haut de mon ignorance :
-mais non, jamais, elles sont là pour toujours.

Beaucoup de temps et bien des lectures plus tard, j’apprenais que ces merveilleuses petites lumières qui clignotent au-dessus de nos têtes et inspirent les poètes, peuvent exploser ou même imploser pour donner des trous noirs.

L’homme qui étudie ces derniers en est devenu le spécialiste.

Il est si gravement handicapé que l’on se demande comment il fait pour réfléchir et travailler encore.

 
Dès la première lecture de ses ouvrages, on ne peut s’empêcher de le suivre et de l’aimer précisément à cause de ses  » faiblesses « , sa vulnérabilité. Il est reconnu comme un génie de notre temps et on le compare à Isaac Newton et Albert Einstein.

 
 » Une brève histoire de temps, du Big-bang aux trous noirs  » , Stephen Hawking intrigue et fascine, que l’on soit d’accord ou pas avec ses théories.

 

On ne peut s’empêcher d’admirer l’effort de simplification et de vulgarisation qu’il fait pour rendre accessible au plus grand nombre, des données astrophysiques et cosmologiques extrêmement complexes.

 

Par-dessus ce corps abîmé par la maladie de Lou -Gehrig, il garde ce regard d’enfant qui interroge le Cosmos.

 
Chaque soir, en regardant le ciel clouté d’étoiles, on ne peut que réaliser combien ces beautés lointaines nous seraient hostiles si nous voulions y vivre et combien notre bonne vieille terre aussi vivante qu’un cerveau ou un cœur nous fait vivre, nous materne.

 

Combien nous sommes gâtés d’y trouver des fleurs et des fruits et les larges horizons des mers et des déserts.

 

Cette planète, notre maison, notre vaisseau que nous devrions nous appliquer à soigner tout en étant les plus bienveillants possible pour ses habitants, nos voisins et nos frères.

 

De nouveau le poète allemand Von Schiller :

 » Peuple des milliers d’étoiles qui rayonnent loin d’iciPar de-là les sombres voiles, frères vous chantiez aussiL’avenir sacré commence par un pur et vaste chœur
Frères tout ce monde immense n’est qu’un seul et même coeur

La Tangente vue par Mouloud Belabdi

Auteur : Mouloud Belabdi

Mon ami Aziz Farès avec qui j’ai partagé de belles années heureuses à Alger Chaîne III, la radio francophone algérienne, vient encore une fois de me surprendre avec la publication de son premier livre La Tangente impossible (1).

Surprendre est peut-être un verbe que je ne devrais pas employer. J’ai en effet lu et apprécié quelques pages de son livre avant publication. Et quand je dis premier livre, je devrais préciser, livre écrit.

Il a écrit en effet, de belles pages sonores à la radio qui resteront dans la mémoire de ceux, auditeurs, travailleurs, collègues de la Chaîne III qui l’ont écouté, rencontré, apprécié, suivi au fil des émissions.

Aziz Farès travaille avec les mots comme un sculpteur travaille avec la pierre brute dont on ne sait pas au départ, ce que ça va être tant que ce travail, au sens d’accouchement, n’a pas abouti.

Dans le cas de La Tangente impossible, c’est un travail de remémoration. Les souvenirs personnels retravaillés dans des méditations philosophiques et poétiques en constituent la trame.

Le livre est préfacé par Maître Miloud Brahimi, ancien président de la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme. Voici un extrait de cette préface que l’on retrouve dans la quatrième de couverture :

Grand animateur de Radio Alger chaîne III, qui avait accompagné et amplifié la démocratisation balbutiante entamée après Octobre 88, Aziz Farès a été contraint à l’exil comme nombre d’intellectuels algériens sommés de choisir entre la valise et le cercueil (…). Il faut imaginer Aziz Farès aux prises avec les mots, qui font sens ou n’en font pas, c’est sans importance. L’essentiel est de témoigner de l’humaine condition, sans fard ni complaisance, mais avec suffisamment de distance pour autoriser parfois, l’ironie sceptique d’un acteur sans illusion, mais avec l’ambition intacte de servir encore un peu, passionnément…

Avec La Tangente impossible, je peux affirmer qu’Aziz a entamé la construction d’une œuvre personnelle dont la trajectoire va se dessiner et se préciser au fur et mesure d’une évolution qui tire son levain de la vie même, telle que vécue, appréciée et, parfois, supportée.

C’est une réflexion en profondeur qui embrasse les contours de la mémoire dans le déploiement du temps.

MB

(1) La Tangente impossible, 183 pages, éditions Mille-Feuilles, Alger, 2009.

Liens:

La Tangente impossible de Aziz Fares par Nassira Belloula

Liberté : La Tangente Impossible de Aziz Farès

Graines de Douceur et de Tendresse

Auteur : Nadia Ghalem

La liberté d’expression est, les praticiens de l’image et du verbe le savent , bien difficile à doser selon les époques et les cultures, selon que l’on se confie lors d’un entretien privé ou que l’on décide de diffuser des mots, des images parfois, via l’audio-visuel, le Net, et le monde.  

 

 Mais il semble, actuellement, qu’il y ait plus de tolérance à la morosité et aux pulsions négatives qu’à l’enthousiasme et aux pulsions de vie.

 
Nous sommes toutes et tous assaillis de nouvelles catastrophiques des humains qui n’en finissent plus de souffrir de misères et de guerres, nous avons même droit à la mort en direct de ces jeunes qui ne demandaient qu’à aimer et vivre.

 

Pendant la guerre du Vietnam, toute une génération chantait avec les Beatles   All You Need Is Love

 

Adonis, le poète syro-libanais à qui l’on demandait comment il pouvait écrire des poèmes pendant que les conflits ravageaient son pays répondait :
« Mais c’est là que l’on a besoin de célébrer la beauté et l’amour, c’est l’utilité de la poésie »

 
Instinctivement  ou rationnellement, les humains  par souci de résilience ont mis en mots et en musique leur besoin d’espérer.
Pendant la guerre d’Algérie, circulait une berceuse : « Ne pleurez pas, mes petits, votre père va revenir » (La tebcou ya oulidati rahou babakoum jaï).

 

À l’autre bout du monde, le poète argentin  Atahualpa  Yupanqui, écrit dans une berceuse aussi : « Duerme , duerme, negrito que tu mama esta en el campo… trabajando y no le pagan »
Dors, dors, petit nègre, ta maman est au champs, travaillant sans qu’on la paye.

 
Chant de révolte et plainte d’une esclave, sous forme de mélodie d’amour pour endormir l’enfant qui s’en souviendra peut-être…

 

Et le dramaturge  français, Armand Gatti déclarait quant à lui : « J’ai toujours cru que, par la beauté des mots, on pouvait changer le monde ».

 

Une opinion que devait partager son ami algérien homme de lettres comme lui, Kateb Yacine.

C’est tellement merveilleux de s’aimer et se le dire comme l’on fait les Algériens lorsqu’ils ont envahi les rues de leur pays pour fêter la victoire de leur équipe de foot, et les Québécois qui ont fait de même récemment pour  célébrer la fête nationale avec le Fleurdelysé.

 
Rien n’est plus important que la joie et les sentiments positifs lorsque l’on tient compte de la brièveté de notre présence sur cette terre, chaque jour devrait être une chance, un cadeau qui s’ajoute à ceux qui l’ont précédé.

 

Il ne s’agit pas de dissimuler la tristesse ou la dépression sous un masque faussement serin ou joyeux, mais de prendre conscience du fait que nous sommes vivants et conscients et que l’estime et la compassion que nous éprouvons pour nous-mêmes peuvent bénéficier à ceux que nous aimons d’abord, et à ceux que nous côtoyons mais aussi à celles et ceux que nous pouvons rejoindre, ne serait-ce qu’en pensée.

 
Célébrer l’amitié ou l’amour en poésie ou en mots n’a rien d’indécent, d’irrespectueux ou d’irresponsable. Ce serait même une façon de participer, bien modestement, aux mutations du monde. 

Lorsque Jean Ferrat  chante Aragon avec ces mots , il ne dit pas autre chose que le fait de résister  de façon saine au mauvais temps:

« Comment croire, comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j’entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda
 »

 

Mieux encore, pendant les années lyriques au Québec, alors que s’affirmait l’identité nationale, Pauline Julien chantait : « Ce soir j’ai l’âme à la tendresse, douce douce, tendre tendre…
…Pourtant nous savons que la vie est plus forte que la mort
Le désespoir a dit son dernier mot
 ».

 

Semer des graines de douceur et de tendresse pour les plus fragiles d’entre nous, pour les générations qui nous succèderont. Rêve ou utopie ?  Un bien joli programme en tout cas.
Pour finir, ces mots du poète allemand, Von Schiller, qui émaillent la neuvième symphonie de Beethoven :
« Dites-nous que la nature ne sera que joies et fleurs et que la cité future oubliera le temps des pleurs. »

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