Paroles Positives

Tout ce dont vous avez besoin est déjà en vous !

Du Microbe au Cerf-volant

Nadia Ghalem
Par Nadia Ghalem

Nous avons une réunion au sommet, des stratégies à établir, des plans à imaginer.

Les enfants malades sont comme des voyageurs qui se préoccupent davantage du parcours que des étapes ou des escales.

Entre deux piqûres, deux examens, deux traitements, on passe le temps, mais pas n’importe comment : On imagine des virus, des microbes et tout ce qu’on déteste, on écrit, on dessine et on les jette au feu. 

Pas un vrai feu, bien sûr, mais celui qu’on  imagine au milieu de la pièce. La recette me vient d’un livre où l’on décrit cette coutume japonaise pour se débarrasser de ce qui nous ennuie.

Une collègue  du Moyen-Orient, me dit mais c’est « s’ cher » (de la sorcellerie !) , aïe! Je ne savais pas.  Harry Potter n’a qu’à bien se tenir.

On apprend autre chose pour passer le temps : « La poudre de Perlimpinpin »  ou comment faire papillonner ses paupières comme au cinéma.  Ça donne lieu à des grimaces qui nous font mourir de rire. 

Si par hasard, vous voyez un enfant qui fait clignoter ses yeux en appelant un chat, un chien, en regardant un arbre ou une fleur, ne vous inquiétez pas, il fait de la magie, il jette de la poudre de Perimpinpîn.

Mais surtout, on passe en revue nos « troupes » , un petit aux cheveux aussi bruns que ses yeux dit :

-Mon père dit que j’ai des petits soldats dans mon corps pour me défendre, il dit que c’est les globules blancs.

Silence.

Je réponds :

Tu diras à ton papa que tu es un grand chef de globules blancs.

 Une petite au visage de poupée (elle a seulement quatre ans) me regarde et me dit en riant sans arrêt :

Tu me fais trop rire quand tu mets tes lunettes de grand-mère.

Je réponds :

Attends, moi aussi, je vais bien rire quand tu seras une grand-mère et que tu mettras des lunettes.

Elle ne se laisse pas démonter :

Mais enlève-les pour que je te vois comme il faut !

Bien sûr, des lunettes, c’est comme un masque…

Je quitte mes petits « sorciers » en me promettant, la prochaine fois de leur parler  des femmes et des hommes qui, dans les laboratoires mènent le combat pour la santé et dont on n’entend pas trop parler à la TV et aussi des cerf-volant, puis, je me souviens de quelques Haïku dont celui-ci :

                   « Retombé au sol

                                      le cerf-volant

          a égaré son âme »

C’est de Kubota Kuhonta (1881-1926)[1]


[1] Haïku,. Anthologie du poème court japonais, 240 p., Poésie Gallimard, nrf, 2002,

Nadia Ghalem est née à Oran en Algérie. Elle ne connaît pas Oran car elle a toujours voyagé… pour finalement s’installer à Montréal en 1965. Elle y réside depuis, après une adaptation difficile. Elle se perçoit comme un cocktail d’origines ethniques : Berbère, Arabe, Turque, bref méditerranéennes. Comme chercheure indépendante, elle travaille sur la psychanalyse et l’écriture de même que sur les études post-coloniales.  Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages:  Un jardin dans la guerre : Algérie,  La rose des sables
•Bibliographie
Introduction aux littératures francophones, en collaboration, Le Maghreb (Éditions Les Presses de l’Université de Montréal, 2004)
La Villa Désir (Éditions Guérin, 1987)
La nuit bleue (Éditions VLB, 1991)
L’Oiseau de fer, (Naaman, 1981)
Le Huron et le Huard, (Éditions du Trécarré, 1995)
La rose des sables (Éditions HMH, 1993)
Manon, la Nouvelle France (La marche des femmes, 2000)
Le message enregistré (Radio Canada, 1982)
Les chevaux sauvages (Éditions NG, 2002)
Exil (lion d’or en 1980)
Le Maghreb littéraire (Éditions La source, Toronto)

 

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