La liberté d’expression est, les praticiens de l’image et du verbe le savent , bien difficile à doser selon les époques et les cultures, selon que l’on se confie lors d’un entretien privé ou que l’on décide de diffuser des mots, des images parfois, via l’audio-visuel, le Net, et le monde.
Mais il semble, actuellement, qu’il y ait plus de tolérance à la morosité et aux pulsions négatives qu’à l’enthousiasme et aux pulsions de vie.
Nous sommes toutes et tous assaillis de nouvelles catastrophiques des humains qui n’en finissent plus de souffrir de misères et de guerres, nous avons même droit à la mort en direct de ces jeunes qui ne demandaient qu’à aimer et vivre.
Pendant la guerre du Vietnam, toute une génération chantait avec les Beatles All You Need Is Love
Adonis, le poète syro-libanais à qui l’on demandait comment il pouvait écrire des poèmes pendant que les conflits ravageaient son pays répondait :
« Mais c’est là que l’on a besoin de célébrer la beauté et l’amour, c’est l’utilité de la poésie »
Instinctivement ou rationnellement, les humains par souci de résilience ont mis en mots et en musique leur besoin d’espérer.
Pendant la guerre d’Algérie, circulait une berceuse : « Ne pleurez pas, mes petits, votre père va revenir » (La tebcou ya oulidati rahou babakoum jaï).
À l’autre bout du monde, le poète argentin Atahualpa Yupanqui, écrit dans une berceuse aussi : « Duerme , duerme, negrito que tu mama esta en el campo… trabajando y no le pagan »
Dors, dors, petit nègre, ta maman est au champs, travaillant sans qu’on la paye.
Chant de révolte et plainte d’une esclave, sous forme de mélodie d’amour pour endormir l’enfant qui s’en souviendra peut-être…
Et le dramaturge français, Armand Gatti déclarait quant à lui : « J’ai toujours cru que, par la beauté des mots, on pouvait changer le monde ».
Une opinion que devait partager son ami algérien homme de lettres comme lui, Kateb Yacine.
C’est tellement merveilleux de s’aimer et se le dire comme l’on fait les Algériens lorsqu’ils ont envahi les rues de leur pays pour fêter la victoire de leur équipe de foot, et les Québécois qui ont fait de même récemment pour célébrer la fête nationale avec le Fleurdelysé.
Rien n’est plus important que la joie et les sentiments positifs lorsque l’on tient compte de la brièveté de notre présence sur cette terre, chaque jour devrait être une chance, un cadeau qui s’ajoute à ceux qui l’ont précédé.
Il ne s’agit pas de dissimuler la tristesse ou la dépression sous un masque faussement serin ou joyeux, mais de prendre conscience du fait que nous sommes vivants et conscients et que l’estime et la compassion que nous éprouvons pour nous-mêmes peuvent bénéficier à ceux que nous aimons d’abord, et à ceux que nous côtoyons mais aussi à celles et ceux que nous pouvons rejoindre, ne serait-ce qu’en pensée.
Célébrer l’amitié ou l’amour en poésie ou en mots n’a rien d’indécent, d’irrespectueux ou d’irresponsable. Ce serait même une façon de participer, bien modestement, aux mutations du monde.
Lorsque Jean Ferrat chante Aragon avec ces mots , il ne dit pas autre chose que le fait de résister de façon saine au mauvais temps:
« Comment croire, comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j’entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda »
Mieux encore, pendant les années lyriques au Québec, alors que s’affirmait l’identité nationale, Pauline Julien chantait : « Ce soir j’ai l’âme à la tendresse, douce douce, tendre tendre…
…Pourtant nous savons que la vie est plus forte que la mort
Le désespoir a dit son dernier mot ».
Semer des graines de douceur et de tendresse pour les plus fragiles d’entre nous, pour les générations qui nous succèderont. Rêve ou utopie ? Un bien joli programme en tout cas.
Pour finir, ces mots du poète allemand, Von Schiller, qui émaillent la neuvième symphonie de Beethoven :
« Dites-nous que la nature ne sera que joies et fleurs et que la cité future oubliera le temps des pleurs. »













































