Que faire quand on est bousculé dans sa vie ?
Rechercher la vengeance bien sûr, mais ce serait faire trop d’honneur à qui l’on méprise et surtout ne plus se reconnaître soi-même hors de cette personnalité que l’on a mis tant d’années et d’énergie à bâtir au plus près de la paix quotidiennement pratiquée.
Cette paix toujours rebâtie qui fait partie des valeurs léguées par les parents et par un peuple qui a su pendant des siècles résister aux vicissitudes du quotidien et qui a parfois pu surmonter ses peines pour se remettre au travail.
Mes outils : feuilleter follement, comme on cherche des bouffées d’oxygène, ces recueils de poèmes où le Marocain Abdelatif Laabi, l’Algérienne Anna Greki, le Tunisien Hédi Bouraoui, la Française Anna de Noailles, le Québécois Nelligan et tant d’autres ont semé des musiques et des mots jusqu’au beau José Acquelin encore vivant, Nadine Ltaief et tant d’autres, vivants ou morts qui ont semé leurs mots comme autant de petits cailloux pour montrer le chemin quand on est bousculé par la vie.
Et là-bas, loin dans le temps Massinissa qui fit l’unification de la Numidie et défendit Carthage. Plus près de nous, les femmes de Mascara qui ont envahit les rues de leur ville et ont marché comme des fourmis contre l’armée coloniale.
Pour se raisonner, retrouver le bonheur de chaque jour et accueillir dignement le printemps, voyager dans le temps ou dans l’espace, pourquoi pas ?
Un autobus, la nuit. Le chauffeur québécois qui rit gentiment quand je lui recommande de ne pas s’endormir au volant; nous avons 11 heures de route devant nous. Grosse secousse. Je me réveille en sursaut. Le chauffeur dit tout simplement : Un chevreuil sur la route, j’ai failli le frapper.
Les animaux sont désorientés par la présence envahissante des humains.
Matane, enfin, les gens sont aimables, pas compliqués.
La ville est tranquille, et la mer est là avec ses vaguelettes, le ciel qui libère le regard, les fous de bassan qui volent élégamment et plongent soudainement dans l’eau, comme des cailloux et ce gros rocher bien rond anormalement rond, je ne l’avais pas remarqué auparavant. La fatigue peut-être. J’en parle avec la réceptionniste de l’hôtel, elle me regarde comme les campagnards qui s’étonnent de l’ignorance de citadins : C’est une baleine! C’est rare qu’elles viennent si près du rivage.
Je l’ai vue, la première baleine de ma vie, je l’ai surnommée la Dame de Matane.
Je réponds prétentieusement : Elle est venue pour moi.
Je vais lui inventer une histoire. Elle m’a réconciliée avec moi-même, les braves humains qui m’entourent, les signes d’amitié, parfois à peine perceptibles, le paysage, tout. Je reviens de loin. Mon roman sera beau.












































