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Les Bâtisseurs de Paix

Nadia Ghalem
Par Nadia Ghalem

Il nous arrive, lorsque nous discutons entre amis  de ne pas comprendre pourquoi le monde où nous vivons n’est pas plus paisible.  Pourquoi nos rêves ne se sont pas réalisés.  Alors, chercher à comprendre la source de ce qui « perturbe » la paix.

Le Mahatma Gandhi, le pasteur Martin Luther King et John Lennon ont été assassinés peut-être parce qu’ils avaient dominé leur propre violence pour ensuite tenter  d’inspirer les autres. On peut imaginer que leurs assassins n’ont pas supporté cette force à laquelle ils n’avaient pas le pouvoir d’accéder.

Pour tenter de comprendre nos difficultés à bâtir la paix, peut-être pourrions-nous interroger nos propres colères, nos propres violences.

« Katilou el Jismi maktouloun bi fi’latihi oua katilou errouhi lem yedri bihi el bachari », que l’on pourrait traduire par :

« L’assassin du corps est puni pour son acte, mais l’assassin de l’âme est ignoré des foules ».

Ce vers du grand poète arabe Abou El Ala El Maâri nous éclaire sur une forme de violence sournoise, diffuse, invisible mais qui n’en fait pas moins des ravages.

Il ne reste plus alors à ceux qui subissent ce genre de situation que la révolte absolue comme élan vital ou la fuite suicidaire .

Voici ce qu’en dit le poète iranien, Ahmed Chemlou :

Nous nous sommes assis

Nous avons pleuré

Et d’un seul cri

Nous avons bondi

Hors de nous-même. [1]

Faut-il, pour connaître et rechercher la paix, analyser la violence en soi et autour de soi et rechercher des  moyens efficaces ?  Encore une fois, la réponse par la poésie :

« Water is taught by thirst

Land – by the ocean passed

Transport – by throe -

Peace -by it’s battle told -

Love, by Memorial Mold

Birds, by the snow »

On apprend l’eau – par la soif

La terre – par les mers qu’on passe

L’exaltation – par l’angoisse -

La paix – en comptant ses batailles -

L’amour – par une image qu’on garde

Et les oiseaux – par la neige

Emily Dickinson[2]

Donc, aller vers la paix  en la cherchant d’abord en soi par l’estime de soi, se libérer en pardonnant aux autres, en jugulant ses peurs, à ce propos, le Brahmane Jiddu Krishnamurti a mené une réflexion rigoureuse dans un ouvrage majeur : « Le vol de l’aigle »[3]

De façon pragmatique, on peut prendre ses distances avec les situations toxiques crées par des personnes qui nous en veulent d’être simplement nous-même.  Prendre alors ses distances et s’entourer de ce que j’appelle « la garde rapprochée » constituée de personnes qui nous aiment comme on les aime.

Dans « L’inamoramento » [4]Francesco Alberoni avec l’éloquence de l’Italien et  la rigueur du scientifique, nous explique le processus amoureux comme un mouvement collectif : Ouvert au plus grand nombre lorsqu’il s’agit d’associations, de syndicats ou de partis politiques où l’on essaie de recruter le plus grand nombre de partenaires et le processus amoureux du couple ou mouvement collectif fermé, à deux, où la moindre ingérence externe est perçue comme  un danger qui ébranle ou peut éliminer le processus et le tuer dans l’œuf.

Il y a aussi la beauté du désintéressement, de l’amour absolu et ce sentiment aussi inexplicable que la passion : la Foi.

Rabi’a al-Adawiya est une sainte soufie qui vécut à Bagdad à l’époque médiévale (2e siècle de l’hégire) Selon la tradition, elle introduisit dans le soufisme très ascétique de l’époque la notion de l’amour absolu envers Dieu.

C’est à elle que l’on doit la fameuse parole :

« Je traverse le monde une torche dans une main et un   seau d’eau dans l’autre. Je veux verser de l’eau dans  l’enfer et mettre le feu au paradis afin que  disparaissent  ces deux tentures et que les hommes ne  prient plus Dieu dans la crainte de l’enfer ou dans  l’espoir du paradis, mais uniquement par amour pour Lui

Nadia Ghalem

N. B. certaines sources d’informations et traductions  viennent de Wikipédia


[1] [1] Ahmad  Câmlou, D’une haine débordante, Iran Poésie &autres rubriques par Chahrâchoub Amirchâhi & Alain Lance, p. 42, François Maspero, Paris, 1980

[2] Emily Dickinson Poétesse, 1830 -1886, Amherst, Massachusetts, États-Unis

[3] Jiddu Krishnamurti « Le vol de l’aigle » publié en 1978 aux éditions Delachaux Niestlé

[4] Innamoramento, Francesco Alberoni. Garanzati, 1998

 

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