Les gens qui travaillent avec des enfants ou les côtoient de près savent bien que ce petit peuple a ses propres critères, sa façon d’appréhender la réalité. Bien souvent, nous avons oublié cette période de notre vie, à tort, nous aurions plus facilement tendresse et compassion pour nous-mêmes et pour nos moments de vulnérabilité.
Je ne sais comment la conversation d’aujourd’hui a dévié vers les différences entre garçons et filles.
-J’aime pas les garçons, ils savent pas jouer, ils nous bousculent, ils nous font mal et ils veulent toujours courir.
À côté d’elle, un petit à lunette baisse la tête, penaud, il semble chercher une réponse, elle vient d’un plus grand, plus sûr de lui :
-C’est vous les filles qui ne savez pas jouer, vous voulez toujours parler entre filles et dès qu’on vous touche, vous partez à pleurer Oueh, on dirait que vous êtes en chocolat.
Tout le monde se met à rire, ça détend l’atmosphère. L’éducateur dit :
-C’est vrai, les filles et les garçons ne sont pas toujours pareils.
Je me souviens, au Parc, lorsque passe un camion de pompiers, tous les petits bonshommes arrêtent de jouer dans le carré de sable et se mettent à hurler et sauter en agitant les bras. Les filles, elles, continuent à bâtir leurs châteaux. On dit qu’elles ont très vite le sens de la compassion, qu’elles aiment aider. Les garçons sont plus compétitifs, ils aiment prouver leurs capacités, mais tout cela est bien schématique, Comme tout dans la nature humain, il y a bien des nuances…
Dans notre petit groupe, les filles parlent de leur famille, de ceux qu’elles aiment, les garçons semblent prévoir qu’ils auront bien des responsabilités plus tard comme connaître par cœur les marques d’autos, les noms des équipes sportives et deviner comment pensent les filles.
Les filles aussi envisagent qu’elles devront deviner comment pensent les garçons.
Les discussions vont bon train :
-Moi, dit un garçon, j’ai une blonde, elle est grande; elle a perdu beaucoup de dents, elle est jolie!
Sûr qu’à cet âge-là, 7 ou 8 ans, il y a des critères de beauté qui séduisent plus que d’autres…
Je me rapproche de ceux qui se tiennent à l’écart, par choix ou rejetés par le groupe. Notre rôle consiste à faire participer tout le monde mais, ils parlent à voix basse :
-Moi, quand je serai grande, je ferai des bébés dans mon ventre !
-Et moi, dit le petit à lunettes en bégayant d’émotion, je ferai des super super matozoïdes.
L’éducateur et moi nous échangons un regard, nous voilà rassurés sur nos petits qui, malgré leur situation difficile semblent avoir des perspectives d’avenir…
Et bien sûr, l’on ne peut s’empêcher de penser à la merveilleuse chanson de Jaques Brel, un enfant :
Un enfant,
Ça écoute le merle
Qui dépose ses perles
Sur la portée du vent
Un enfant,
C’est le dernier poète
D’un monde qui s’entête
A vouloir devenir grand
Et ça demande si les nuages ont des ailes
Et ça s’inquiète d’une neige tombée
Et ça s’endort, de l’or sous les paupières
Et ça se doute qu’il n’y a plus de fées












































