On entend des petites voix, ils arrivent comme une volée de moineaux, je suis toujours surprise de voir comment des enfants de dix- douze ans peuvent être sages et raisonnables.
Ils s’installent sans bruit, prêts à m’écouter leur raconter des histoires parfois très difficiles comme la naissance de l’écriture ou la fabrication d’un livre.
Leurs professeurs s’assoient au fond de la salle; nous sommes complices.
J’apprécie à quel point je suis privilégiée de faire ce travail et de pouvoir échanger avec un tel auditoire. Ce n’est jamais monotone.
J’ai réussi une fois à obtenir d’une petite fille solitaire et triste, un jeu de gorge. Je l’ai provoquée, je lui ai dit que je savais, qu’on pourrait le faire ensemble. Elle a commencé; ce souffle qui va et vient comme un chant, une respiration profonde et finit en éclat de rire. Les jeux de gorge des femmes Inuits.Elle venait du Grand Nord était fortement handicapée. Son exploit a changé j’en suis sûre, la perception que les autres avaient d’elle.
Ces jeux de gorge appartiennent à une tradition très ancienne. Ils avaient été interdits par le clergé et pratiqués en secret pendant une centaine d’années. Ils sont de nouveau pratiqués ouvertement…
Ici, dans cette salle, ils semblent tous en bonne santé sauf une beauté qui paraît avoir des problèmes de coordination. Je l’écoute, même si son élocution est laborieuse et qu’il arrive que les autres s’impatientent.
Nous parlons, bien sûr, de choses sérieuses. La naissance de l’écriture, un mystère ? Mais non, ils connaissent à cause des hiéroglyphes dans Astérix et Cléopâtre. Nous nous nous entendons fort bien lorsque j’évoque des petits et des démunis qui sont plus malins que les grands comme Harry Potter ou… « Tom et Jerry ». Le gros méchant chat et la maligne petite souris. Je connais ? Ça les étonne, mais ça nous fait bien rire.
Alors les questions fusent :
-Ça existait quand tu étais petite ?
-Quand il y avait la mer au Sahara, est-ce que tu étais née ?
- Quand tu étais petite, est-ce que tes parents te laissaient jouer au Nintendo ?
-Dans ton temps, est-ce qu’il y avait des dinosaures dans les zoos ?
Je n’ose pas regarder les profs qui étouffent des fous rires. Je réponds de mon mieux.
Je quitte cette rencontre avec le cœur gonflé de joie, d’amour pour ces enfants qui me permettent de rester en contact avec les préoccupations existentielles, essentielles et l’innocence, tout simplement.












































